Passionnée de déco, je vous présente ma maison au fil des jours. Un tour au jardin et à la cuisine pour de belles recettes.Je partage avec vous mes lectures devinettes, contes et légendes de mon pays.
Bonjour à tous!
Cette semaine, le casse-tête de la semaine parle de l' AMITIE
Un jour, j'ai voulu donner mon opinion sur l'amitié, j'ai perdu des "amis"...Un véritable Casse-tête" , je vous dis, malgré La Kola de l'Amitié.
L'Amitié c'est un sentiment étrange...qui peut finir...Et c'est pourquoi je me pose des questions sur la valeur des serments en amitié. Je vais m'essayer au casse-tête de la semaine chez Lajemy, avec ce conte de chez moi si justement intitulé:
L'Amitié
Comme une boisson agréable, comme le miel sauvage, comme la clarté du jour que le soleil illumine, l'amitié enivre, réjouit, réchauffe sans cesse le coeur qu'elle a choisi.
Deux filles furent enchaînées par cette force, elles se jurèrent des serments, elles s'aimaient comme des amants. Jamais l'une d'elle ne souffrait être où l'autre était absente.
Un jour toutes deux ensemble comme d'habitude, elles virent un ruisseau poissonneux, si poissonneux qu'il les émût.
"Amie dit la plus sensible, que jamais l'une d'entre nous ne vienne pêcher dans ce ruisseau en l'absence de sa compagne; fusses-tu morte, je m'en abstiendrais pour jamais. Si je mourrais me promets-tu même foi?
La deuxième fille frivole autant par amitié que par l'âge se jeta aux pieds de son amie: " Dis quelle parole a franchi de la bouche! Si tu mourrais? Te survivrais-je? Qui m'aurait donné goût de la vie dans une vie qui t'aurait tuée? Si jamais les mânes sont vrais, si jamais le pouvoir que nous leur attribuons est leur pouvoir, tarderais-tu à m'affranchir de la douleur? Embrasse-moi amie...Je te le promets"
Peu de temps après, la première fille mourut. La douleur déchira le coeur de son amie. Elle s'arracha les cheveux, elle se roula dans la boue, elle refusa nourriture à son estomac, elle se couvrit de caolin et de fange. Elle ne coiffa pas sa tête en signe de deuil. La douleur avait raidi ses machoires: elle ne parlait plus.
Tant de tristesse faisait contraste avec le charme de sa jeunesse. Il n'y eut de coeur endurci qu'elle ne troubla et bouleversa. A la voir, on pleurait, on s'asseyait à côté d'elle. Pour la consoler, on l'embrassait, on la plaignait.
Le temps réussit à effacer de ce deuil l'horreur et le dépit. La fille s'intéressa à la vie . Elle aimait voir les lieux remplis de tristesse et de souvenirs, qu'elle avait fréquentés avec sa compagne.
Elle pleurait et s'en trouvait soulagée.dans ces moments tièdes de sa vie où dans son coeur se mêlaient le dégoût et le désir. Le ruisseau poissonneux la tenta plus encore, elle le visita. Le poisson était plus que jamais abondant. Elle eut envie de pêcher et ne put s'en empêcher.
Seule au milieu des bois, partagée par l'angoisse et le deuil, elle barra le passage à l'eau et se mit à chercher le poisson. En ce moment, une voix à peine distincte lui parvint du confin de la forêt et la complainte qui s'éléva disait:
Complainte: A nna ééééé!!! Oh ma soeur, quel fut entre nous le serment? Entre nous le serment fut que si jamais je mourais, jamais dans ce ruisseau, tu ne pêcherais...Hélas mon trépas t'abuse et tu t'affranchis du serment et viens pêcher dans le ruisseau...Oh A naa ééé!!! Oh ma mère!
Le bruit de l'eau dominait et la fille pêchait cependant, la voix s'approchait
Complainte.... A nna éééé!...
Son coeur battait de curiosité et de crainte, ...Une crainte de mort certaine. Elle ne se trompait pas. Quelqu'un chantait...
Complainte... A nna éééé!!!
L'inconnue s'approchait, elle reconnut la voix et cette fois, elle perdit ses forces mais demeura consciente. Elle s'affaissa près de son poisson. Oui le revenant de son amie la rejoignait non par amitié, mais par serment. Amie frivole, amie infidèle, elle n'avait pas su garder le serment et l'autre le venait réclamer. La fille s'arrêta au bout d'un instant, elle écouta...elle ne se trompait pas, quelqu'un parlait ou plutôt quelqu'un chantait
Complainte... A nna éééé!!!!
Au bord de ce ruisseau très poissoneux où l'amitié avait éclaté, au bord du ruisseau où s'était fait le serment de deux amies, se déroula un drame singulier. La fillle encore pleine de deuil et de jeunesse, d'amitié et de tristesse, loin de son père et de sa mère disparaissait pour jamais sans tombe...Pour un serment.
Conte tiré des Contes et Berceuses du Cameroun
De Léon Marie AYISSI NKOA
CEPER 1996